Hôtel Tchikini hanta le Manoir de la Grand’Cour

Mystique, Encaustique et acoustique

Le RDV est fixé fin octobre, 20h. La lune gibbeuse est haute dans ce ciel glacial. Le Manoir est éclairé. Voici le contexte. Une salle d’expo en guise d’espace d’attente avec des corbeaux métalliques, des bustes décorés et des crânes superposés*. L’escalier de granit en colimaçon pour accéder à l’étage dans la pénombre. Heureusement, je ne suis pas seule.

Une petite jauge pour cette salle de spectacle improvisée, la proximité du décor qui sent l’encaustique composé de mobilier ancien, d’un comptoir avec une lampe à pampilles, un paravent usé, des assises, scénographie structurée par des rideaux créant de la profondeur. On sent les vibrations du plancher de bois sous les tomettes, les ombres sur les solives cérusées disparaissent : ils sont là dans le noir complet.

Un spectacle mort vivant

Le doute 

Au milieu des couleurs ambrées du bois et le noir mat de la pénombre, les visages légèrement blanchis apparaissent. Bizarre, les femmes n’ont même pas de rouge-à-lèvre et lui, n’est pas si noir… Les 5 personnages (et même 6 !) semblent sortis d’un passé sans date. Les chapeaux, les coiffes à plumes et plumetis donnent des indices mais je reste dans ce doute temporel.

Les voix si limpides

La puissance de l’a-cappella est frissonnante**. Les voix donnent chacune un rythme et s’accordent une à une. Non, il n’y a aucun instrument de musique. Le Human Beat-box me paraît inhumain !

Une polyphonie de « feel alone » et des regards dans le vide. Un « Tchikini sound from the heart » et des postures figées. L’envie de plaire, de boire, de faire la fête, et d’un appel amoureux, tout est chanté en plusieurs langues, tout est éphémère, si éphémère, mélancolique, presque dérangeant.

Une danse macabre et un cortège funèbre, l’ode au coucou qui rythme le Temps, un sentiment de déjà-vu… ça y est, je comprends. La boucle est bouclée ! Terrifiant.

Se souvenir… de vivre et de chanter

Hôtel Tchikini est un spectacle haut-de-gamme et fort en émotions : il me renvoie à ces chansons et musiques qui rythment nos vies, ces classiques intemporels réanimés à travers les âges évoquant des sentiments si profondément humains : l’envie d’aimer, d’être aimé-e, de s’amuser et de rire. Et cette vulnérabilité…

En cette veille de Toussaint, ces artistes m’ont émue**. Hôtel Tchikini restera pour moi, une oeuvre polyphonique mémorable.

Je nous souhaite une Vie longue, évolutive et sans vieille rengaine, à plusieurs voix, sans superficialité, a-cappella.

Delphine


Gratitude à 

  • La Vie qui me permet d’assister à ces moments forts en excellente compagnie.
  • L’association Art-nithorynque qui est à l’initiative de cette soirée à Taden (22), dans un lieu surprenant et avec, en prime, une expo collective de qualité.
  • La Compagnie Tchikini Sound pour la qualité de leur presta et les introspections soulevées.

* Cf. l’association Art-nithorynque pour la liste des Artistes exposé-e-s, ou mieux, allez voir sur place !

**J’aime le Spectacle vivant et les Lieux chargés d’Histoire(s). Par contre, musicalement, je suis une bille, je n’ai ni oreille ni rythme dans la peau. Vous comprendrez qu’immergée dans ce spectacle, je me suis sentie profondément bouleversée.